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28 juin au 10 aôut 2007

Soly Cissé






 

SOLY CISSÉ
"Être pour devenir"
Monde perdu, temps en suspens

Dans l'œuvre de Soly Cissé, le "paysage" est constitué d'une multitude de personnages, une foultitude d'hommes, d'animaux étranges et inquiétants. Les personnages semblent n'exister que par le nombre, alignement d'une pré-humanité. Dans ses dessins, les hommes ont des faces étranges, avortées, informes. Créatures inachevées, ébauches d'hommes fixés à un stade antérieur (postérieur?) de l'humanité. Les enfants, les animaux, tous sont saisis frontalement, brutalement, leurs visages à demi constitués. Préhumanité indécise, "monde perdu", dont le caractère irréel apparaît à travers des regards troubles, flous, collectifs. Ces personnages nous regardent comme une preuve, comme la preuve qu'ils ont existé, dans ce monde aujourd'hui perdu. Peintures rupestres? Rites amérindiens, africains? Peu nous importe, finalement son art est universel, et les qualificatifs d'"origine" ne serviraient qu'à en limiter la portée.
Sans tristesse, sans agressivité, sans jugement, mais aussi sans appel : ces regards se posent, gestes sans fin, en suspension. L'Homme a le pouvoir du regard qui dure, mystérieux, perdu, le pouvoir et la douleur du temps.
Ce temps est comme quantifié par des courbes, graphiques et autres diagrammes qui apportent un caractère quasi-scientifique à l'ensemble. Ces équations viennent renforcer le caractère anonyme et statistique de ce peuple perdu. Aujourd'hui, ces êtres perdus sont devenus des nombres, des statistiques, mais dont la présence, brutalement, fait irruption, interpelle, mord, déchire. Les bêtes (rats? chiens?) rôdent, animaux de mauvaise compagnie. Le trait assuré, mais parfois vacillant, vient renforcer l'impression générale de séisme.
La technique de Soly Cissé est innovante. Dans ses tableaux, sa palette alterne les tonalités sombres, les nuances plus lumineuses, parfois jusqu'à la transparence... Le trait est brisé en touches juxtaposées. La perspective des bleus suggère un océan d'une infinie profondeur. Le jaune surgit en étincelles brûlantes, le sacré fait soudain irruption comme si Klimt s'était invité chez Francis Bacon. Soly Cissé construit son espace avec rigueur, le découpe en plans parallèles. Les tableaux et dessins sont comme un scénario, un subtil mode d'emploi pour se replonger dans la seule certitude que nous puissions avoir : l'humanité ne connaît pas de progrès.

Olivier Sultan, Paris, juillet 2007