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19 avril - 26 juin 2007



Malick SIDIBÉ
(Mali)

 

MALICK SIDIBE
"C'est pas ma faute"
Photographies inédites - Musée des arts derniers

Depuis 40 ans, le grand photographe malien Malick Sidibé a sélectionné ses clichés favoris, la plupart inédits, que nous présentons dans cette exposition.
"C'est pas ma faute" est une réflexion du photographe sur le bougé, le flou, ce qui peut évoquer le "raté".
C'est l'invitation de l'incongru, de l'instant d'après, de la vie qui déborde du cadre. Malick Sidibé lui en donne l'autorisation, l'invite, c'est là son grand talent.
L'impatience du sujet, son insolence, trahis par un léger mouvement. C'est le temps qui s'invite au coeur même du déclic, la perle rare que l'on pêche dans un laps d'1/100 000 ème de seconde. Ce petit mouvement, ce regard qui disent tout à la fois ce qu'est le sujet, ce qu'il désire, ce qu'il rêve. Chez la petite fille au visage flouté, l'ombre d'un cauchemar se profile peut-être...
La sélection même de Malick Sidibé parmi ses milliers de clichés fait sens , fait oeuvre.
Elle affirme l'importance du hasard objectif, au sens surréaliste du terme. L'apparente contradiction, l'apparente confusion entre les rapports conventionnels signifiant-signifié dont un sens est partiellement caché et dont le message apparaît comme énigmatique, indépendamment de la façon dont il a été produit. Pour les surréalistes, ces images recelaient une force vitale propre à engendrer un sens nouveau, susceptible de s'exprimer par le rêve, la libre association, les états hypnotiques, l'automatisme, l'extase ou le délire.
Malick Sidibé est un chasseur, l'oeil aux aguets.
Il est aussi, et surtout, au cœur même de son sujet. Au coeur d'une communauté qu'il connaît parfaitement, qu'il soutient financièrement, moralement. Il est le sage, le père, le grand-père, le chef. Ses activités sont multiples et ne sont pas régies par le principe de hiérarchisation, mais de manière circulaire, égale: réparer de vieux appareils photos, faire des photos d'identité, tirer le portait d'un Ambassadeur ou d'un notable, discuter avec des enfants dans la rue, avec les marchants ambulants, préparer une exposition pour une grande galerie de New-York, rien n'est vraiment "prioritaire". Chaque personne et chaque acte sont marqués de l'importance du présent. Certes, Malick Sidibé, prix Hasselblad en 2003, est sans doute le photographe africain le plus renommé aujourd'hui. Il en a conscience. Il a certes déplacé son point de vue, modifié certains repères. Mais il garde toujours un oeil sur le sujet, le présent, un autre pour la composition, et un troisième (strabisme divergeant ?) pour le hors-cadre, l'accident.
Depuis quelques années, Malick Sidibé demande aux sujets (surtout des femmes), de se retourner. Ce sont les "Vues de Dos".
Lignes, composition avec les tissus, mais aussi érotisme latent: le dos , c'est le désir, le caché, la sexualité. Malick m'a ainsi affirmé un jour: "lorsque je croise une belle femme, je me retourne pour voir son visage"... Le corps, la posture, font irruption dans le cadre avant le visage.
La vie est partout, à tout instant.
"C'est pas sa faute".

Olivier Sultan, Paris, avril 2007