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8 oct. - 30 nov. 2009
 

Olivier Sultan
Fétiches démasqués : Le visible et l'invisible
 

Olivier Sultan

Soly Cissé

" Voyez ces petites divinités enfantines mises au supplice, ces longues idoles ficelées, criblées, crucifiées, enchâssées, enchaussurées, figées enfouies dans les offrandes qui les prolongent, les saturent, les inachèvent, les presqu’incarnent, les rayonnent dérisoire et clinquant bric à brac de pièces détachées – ce qui reste d’elles quand on les a vues, lorsque le regard pour se résoudre fissure ces fétiches impénétrables, perce la trouée qu’ils barrent, en démasque le spectre. Tendrement dérisoires, doucement désopilants, voilà les fétiches à quat'sous d'Olivier Sultan.

Enfin impossiblement soustraire le sacré, en alléger le monde- que le monde disparaisse et revienne dans ces si petites choses, ces totems faits de bric et de broc, ces trois fois rien qui nous défascinent jusqu'au rire.

Là est le faussaire qui braque les cultures, les recèle, les décompose, les restitues mais en décalage, en décollage, dans le respect de les reprendre pour les mêler-les oublier les unes dans les autres.

Ainsi feindre d'en finir avec l'Aura- l'aura pas lorsque cligne la présence, que tout est à voir en un clin d'oeil, le deuil de tous ces déclins, que s'évanouisse l'assassine "pureté originaire". Des oeuvres comme des peuples. "
(Michel Camain, Le Monde)

Fétiche

N.M. : Du portugais feitiço (« artificiel », d’où « sortilège »), nom donné par les colons ignorants aux objets du culte des populations d'Afrique durant la colonisation de ce continent, lui-même dérivé du latin facticius(« factice »). "Fétiche Démasqué" : nom donné aux objets des peuples qui sont déjà dans l'Histoire , mais que par une idéologie paternaliste et post-coloniale, on nomme "primitifs".

Zigoter (verbe transitif): de "gigoter et ligoter": ex: "lorsque Mickey gigotte, je le ligotte"

Recollage (n.m.): après un décollage, on recolle (ou se recolle), c'est-à-dire que l'on se recompose, de haut vol, une identité certes improbable et temporaire, mais qui peut se tenir. ("Es Sitimmt" -Emmanuel Kant-)

Biographie :
Né.
Après une enfance auprès de ses parents, se pose plsuieurs questions, dont une.
Evite diverses influences
Apprend à marcher
Voyage


Solycolor
Le bestiaire de Soly Cissé

Porte-drapeau de la nouvelle génération des artistes contemporains du Sénégal, Soly Cissé présente au Musée des Arts Derniers avec son exposition personnelle une mythologie où se côtoient des formes animales ou humaines, êtres improbables: corps emmêlés, masques mortuaires, animaux hybrides.

Après sa série du "Monde Perdu", remarquée au Centre Pompidou en 2005, ce peintre , dessinateur et sculpteur , admirateur de Bacon et Basquiat, explore des voies risquées, inédites.

A l'écoute du monde urbain, il est de ceux qui peuvent sereinement se départir de l'adjectif "africain" sans regrets ni repentir, puisque l'Afrique d'aujourd'hui est en lui, comme facteur de modernité.

Philippe Dagen le remarquait dans Le Monde : "Dans ses oeuvres, Soly Cissé donne le sentiment d'aller simplement et droit à son but, sans s'encombrer d'effets matérialistes. Il y a là sans hésitation un artiste majeur."

Epopée cruelle et joyeuse, cette exposition mêle vie et tragédie, en une oeuvre puissante et salvatrice, face aux désatres actuels (la peste en 1500 chez Bruegel, les épidémies et la misère en Afrique aujourd'hui chez Soly Cissé).

Dans l'oeuvre de Soly Cissé, les êtres semblent n'exister que par leur nombre, par l'alignement d'une pré-humanité. Les hommes ont des faces étranges, avortées, informes. Créatures inachevées, ébauches d'hommes fixés à une stade antérieur (postérieur?) de l'Humanité. Les enfants, les animaux, tous sont saisis frontalment, brutalement, leurs visages à demi constitués; "Monde Perdu", dont le caractère irréel apparaît à travers les regards troubles, flous. Ces personnages nous regardent comme pour prouver qu'ils ont existé, dans ce monde aujourd'hui perdu, dans un temps congédié. Peintures rupestres ? Rites amérindiens , africains ? Peu importe; finalment son art est universel, et les qualificatifs d'origine ne serviraient qu'à en limiter la portée. Sans tristesse, sans agressivité, sans jugement, mais aussi sans appel: ces regards se posent, gestes sans fin, en suspension. l'Homme a le pouvoir de regard qui dure, mystérieux, perdu, le pouvoir et la douleur du temps. L'art est rite de passage dans l'ici-bas.