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Hommage à Ndoye Douts

16 septembre au
  28 septembre 2023

L’hommage de l’artiste  Amadou Kan-si à Ndoye Douts:
Sans exagération 
Je n’avais auparavant jamais entendu une version aussi émouvante du classique zikr de Salatoul Fatiha, cette prière sur le prophète Muhammad (psl) qui vaut 6000 fois toute autre prière. Elle trouvait peut-être tout son sens dans la charge émotionnelle qui remplissait et complétait en même temps la sérénité de ce cimetière de Diender. C’était si apaisant.


Le rythme de la récitation chantée était inhabituellement allongé jusqu’à la limite d’une imminente rupture de la symphonie, et, aussitôt, s’enchainait une autre ligne, aussi mélodieuse que la précédente. Une chaloupée harmonique proportionnelle à la circonstance de cet après-midi. C’était trop captivant.
Cela vous prenait l’âme, pour que nous acceptions le départ de l’ami, du frère, du compagnon de lutte, du parent, du voisin. La prière sincèrement récitée par toutes ces voix groupées était si singulière et tellement imprégnée de toutes les fluctuations de la culture lébou par sa spiritualité africaine et islamique si intimement ancrée dans la profondeur de ce coin d’Afrique d’où Douts nous disait :  » à bientôt ».
Je n’exagère rien.


Ayant moult fois vécu d’autres Salatoul Fatiha psalmodiée en version haoussa, mandingue, diola, marocain, indonésien ou autre, mais celle-ci ponctuait admirablement bien, le retour aux Origines de l’âme de notre défunt frère.


Diender était atteint en plein cœur en accompagnant dignement le départ de l’un de ses fils prodiges, dont le nom sera à jamais accolé au terroir, à l’image de l’illustre Abdou Rahmane Ndiaye Falang le célèbre lutteur d’avant les prétendues indépendances.


Cet après-midi, dans cette partie du Sénégal, l’énergie de la tristesse que dégageaient les gens et le lieu était palpable. La vie commerciale semblait être en mesure de reprendre le dessus , après la cérémonie de l’enterrement.


Dans l’immense cour de l’école primaire, sous la volumineuse ombre bienfaisante de quelques neems, conflue la foule pour les témoignages, les prières et les présentations des condoléances à la famille.
J’ai cru y apercevoir, par moments, l’éternel sourire candide et serein de Mamadou Ndoye, comme pour nous consoler de ne plus avoir accès à lui, de la façon dont on était habitué. Ainsi en sera-t-il jusqu’à la fin de notre itinéraire terrestre!


Mais qui en définit les contours et la feuille de route? Qui ?
Je n’exagère rien du tout.
Itinéraires, contours, feuille de route, jusqu’au Japon rien qu’avec la détermination, la foi et la conviction impulsées aux coups de pinceau pour délivrer le message de ta si familière poésie picturale.
« Tant que ma peinture va rester, ça va parler. Ma peinture, je veux que ça reste ». Ainsi avait-il dit un jour devant une caméra.
Elles m’avaient beaucoup intrigué, ces photos du Japon. Je ne comprenais pas pourquoi tu avais l’air d’avoir terminé une course triomphalement. Pour la première fois, ou bien pour la dernière fois? Tes postures dans ces photos m’avaient interpellées. Toutes ces images que tu partageais digitalement avec nous au quotidien, cela relevait presque de l’urgence.


Ainsi nous disais tu au revoir du lointain pays des samouraïs, respectant inconsciemment le tacite code d’honneur qui te liait à nous tous. Individuellement et collectivement.


C’est dans la majestueuse cour de cette école, le jour de tes funérailles, que j’ai compris le sens de la lecture de tes photos du pays du soleil levant. Il nous faudra toujours du temps pour intégrer l’impensable. Ta disparition et le souvenir que l’on garde de toi : « un Homme bon ». Les jours suivants, je me suis plusieurs fois surpris à penser: « Douts était vraiment une bonne personne ». « Johnny was a good man » avait chanté Bob en 1976 : « une femme s’est prise la tête ,et a crié de douleur parce que son fils a été fauché par une balle perdue ». Ce n’est évidemment pas ton cas, mais la peine de tes proches est sans doute pareille. Effet de surprise! Qui aurait pu croire d’ailleurs que cela serait banalisé en 2023 chez nous. Le refrain de cette chanson, associé à ton départ au cœur de la crise aiguë que traverse notre cher pays, nous confronte avec la fragilité de notre condition humaine et existentielle. Cela ne tient qu’à un fil, si mince, si tenu, qu’aucune conviction ou quête, aucun honneur ne saurait perturber ou rompre le cours.
Présence, absence ! Absence , présence ! Présence d’une absence! Absence d’une présence! Qu’importe, tu tiens toujours le fil , de l’autre côté où tu as rejoint les autres, tous les autres, en attendant notre tour.


Pendant ce temps, nous le tenons toujours ici, ce fil, empêtrés dans l’adversité de notre inévitable et banale humanité.


« …parce que l’architecture va avec la vie intérieure, et on a un côté intérieur très fort dans cette ville, c’est cette chaleur humaine justement. Moi, c’est à partir de cette chaleur humaine que je peins » disait Douts Ndoye quelque part dans un livre sur Dakar.


Je n’exagère rien !
Repose toi petit frère.
Kan-si
Juin 2023

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